La caisse publique unique est une pseudo-solution: elle ne résoudrait pas le moindre problème du système de santé
- elle entraînerait une dégradation de la qualité du système de santé publique,
- elle supprimerait la liberté de choix et ôterait aux assurés leur possibilité de décider par eux-mêmes,
- elle serait source de nouvelles injustices et
- elle engendrerait une hausse des coûts.
La caisse monopolistique publique devrait pouvoir accomplir le même travail que la soixantaine d’entreprises privées aujourd’hui. De plus, les principaux inducteurs de coûts resteraient les mêmes: les exigences élevées des patients, les avancées médicales et techniques ainsi que le vieillissement de la population. Le potentiel d’économie dans les secteurs du marketing et de la publicité est considérablement surestimé, et ces coûts ne se répercutent que légèrement sur les assurés. Le conseiller fédéral PS Alain Berset avoue lui -même que la caisse publique unique ne permettrait pas de réaliser des économies (1SF DRS, émission «10 vor 10» du 10 octobre 2012).
Au contraire: la caisse publique unique provoquerait une flambée de nos primes. En effet, le manque de concurrence supprimerait toute incitation à maintenir les coûts des soins le plus bas possible. La hausse des primes escomptée toucherait principalement la classe moyenne, car cette dernière ne bénéficie pas de réduction de primes et finance déjà largement notre système de santé publique par l’impôt. De plus, les promoteurs de l’initiative ont déjà prévu la prochaine étape: le conseiller national PS Stéphane Rossini a confirmé que l’initiative visant à introduire un financement du système de santé publique basé sur les revenus était en cours de préparation (Basler Zeitung du 24 janvier 2013). Cette mesure serait également défavorable à la classe moyenne.
Les assureurs-maladie sont plus efficaces qu’une caisse publique unique
Si les assureurs-maladie sont aujourd’hui efficaces dans leur travail, c’est parce qu’ils sont obligés de proposer un rapport qualité-prix optimal s’ils veulent prospérer. Cet aspect les incite donc à négocier des prix les plus bas possible avec les fournisseurs de prestations et à contrôler rigoureusement leurs factures. La pression exercée en vue de réaliser des économies a également un impact positif sur les coûts administratifs, qui ne dépassent pas 5,6% en moyenne. Les assurances sociales publiques ne connaissent pas cette incitation, comme le montrent les exemples de la SUVA (11,3%) ou de l’assurance-chômage (9,2%).
Une caisse publique unique, c’est la fin de la liberté de choix pour les assurés
Une caisse monopolistique publique n’a plus de concurrence. Plus rien ne l'incite donc à traiter les assurés comme des clients. Du fait de son monopole, elle n’est pas obligée d’offrir des services de qualité, de rembourser les frais le plus rapidement possible, de développer des modèles d’assurance innovants ou de proposer des prestations adaptées aux divers besoins des clients. Les assurés insatisfaits n’ont pas la possibilité de changer de fournisseurs, ils sont livrés pieds et poings liés à la caisse publique unique. Actuellement, 10% des assurés profitent chaque année de la possibilité de changer d’assureurs.
Les caisses uniques publiques coûtent plus cher et offrent des prestations de moins bonne qualité
Une caisse monopolistique publique dispose de multiples possibilités de gérer la hausse des coûts, mais aucune n’est à l’avantage les assurés:
- Comme le montre l’exemple de l’assurance-invalidité: à l’inverse des systèmes d’assurance privés, les caisses monopolistiques publiques ont tendance à fixer les recettes/primes non pas selon les coûts effectifs, mais sur la base d’opportunités politiques. Les augmentations de primes n’étant pas populaires, les hommes politiques élus par le peuple risquent de s’en abstenir. Il n’y a qu’à regarder l’exemple de la France pour connaître les conséquences: le système de santé publique est endetté. La France lèguera à la prochaine génération une montagne de dettes de près de dix milliards d’euros. En Suisse, nous connaissons des problèmes similaires avec l’assainissement financé par l'Etat de l’assurance-invalidité (AI). L’AI est endettée et requiert des mesures d’assainissement radicales qui nuisent aux assurés.
- Les systèmes d’assurance-maladie publics entraînent des réductions de prestations dans l’assurance de base. L’exemple de la Grande-Bretagne montre que les systèmes de santé publics dont le financement est insuffisant réalisent des économies sur le dos des patients. Les patients britanniques ont beaucoup moins d’avantages que les Suisses pour une couverture d’assurance comparable: ainsi, un patient est uniquement opéré de la cataracte en cas d’incapacité de travail. De surcroît, les listes d’attente sont longues: lorsqu’un médecin de premier recours diagnostique un cancer du sein ou de la prostate, il peut s’écouler plusieurs mois avant qu’un spécialiste prenne en charge le patient ou la patiente. Sans qu’aucun rendez-vous pour une opération ne soit encore déterminé. Par ailleurs, des chambres d’hôpitaux mixtes comptant douze lits ne sont pas une exception.
Un changement de système coûterait des milliards et serait source de beaucoup d’incertitudes pour toutes les parties
Le passage de 60 assureurs de base privés à une caisse publique unique est une entreprise de grande envergure qui engendrerait des coûts de plusieurs milliards de francs. Nombre de questions juridiques et pratiques restent encore sans réponse. Qu’adviendra-t-il des emplois? Que deviendront les collaborateurs des assureurs-maladie actuels? Les plus doués d’entre eux travailleront-ils aussi dans une caisse publique unique? Que ferons-nous des immeubles? Par ailleurs, les deux systèmes devront fonctionner en parallèle pendant la phase de transition, ce qui, au-delà d’être source de confusion, serait très onéreux.
